Smart Cities à la française : un modèle qui inspire le Brésil

Smart Cities à la française : un modèle qui inspire le Brésil
smart city egis

© Interconnectés

Certaines villes françaises sont déjà bien avancées dans leur transition vers la Smart City. En effet, grâce à la transition numérique, la Smart City permet une nette amélioration de l’efficacité des services urbains, de la participation citoyenne, et de l’attractivité du territoire. Si bien que le Brésil souhaite s’inspirer de ce modèle pour São Paulo, Recife, Curitiba et Belo Horizonte. L’Agence Française de Développement encadre cette transition, accompagnée d’Egis et de Datactivist.

Francky Trichet, adjoint au Maire de Nantes et Conseiller Métropolitain, et Roberto Albuquerque Melo, adjoint au Maire de Recife, répondent à nos questions sur ce modèle qui se répand à l’international.

 

L’interview croisée de Francky Trichet et de Roberto Albuquerque Melo

 

#1 Quelle est votre définition de la Smart City et comment s’applique concrètement ce concept dans votre ville ? Quels en sont les apports au quotidien ?

Francky Trichet – A Nantes, l’innovation – qu’elle soit démocratique, économique, technologique, sociale ou culturelle – est partout, par et pour tous. Elle participe à trois enjeux majeurs : développer l’emploi et soutenir le développement économique ; rendre la ville plus facile à vivre ; accompagner la transition énergétique et écologique.

Le collaboratif constitue le principe actif de la démarche « Smart City » nantaise.  Ici, c’est l’ingéniosité collective qui prime, à l’échelle locale comme internationale. En plaçant les habitants au cœur de la stratégie pour que le numérique facilite la vie au quotidien et que chacun puisse y accéder. En reliant les projets, en créant des lieux de rencontres.

 

Roberto Alburque Melo – On pourrait dire que les villes intelligentes doivent être sûres et abordables, économiquement prospères et proposer des services de haute technologie aux citoyens. Outre le concept de technologie, de capteurs, de caméras et de surveillance, nous devons nous interroger sur le concept de ces villes exclusivement technologiques et sur ce que nous faisons avec ces données produites.

Nous pensons que les citoyens doivent être écoutés et impliqués dans les solutions urbaines. La construction collaborative doit être considérée comme un nouveau modèle de gestion gouvernementale et les changements de paradigme doivent être fortement encouragés.

Nous cherchons à impliquer les citoyens dans diverses actions visant à favoriser l’innovation à Recife. Des initiatives dans le cadre de concours à long terme visant à encourager les citoyens à créer des projets ou des applications pour Recife, des conférences et discussions sur les données ouvertes à Recife sont proposées, tenues lors d’événements dans les universités, par exemple.

Nous avons également organisé certaines initiatives qui suscitent des discussions sur l’innovation dans le secteur public, telles que Gov in Play, et avons participé à la construction de certains événements internationaux à Recife.

 

#2 Quelle est la place de la data dans la démarche, vos priorités en la matière ? Quelle relation avez-vous avec les écosystèmes locaux ? (entreprises, etc)

Francky Trichet – Les données sont de plus en plus présentes dans la vie quotidienne et dans la gestion des villes. Chacun est concerné comme citoyen, salarié, usager de services publics ou privés. Nantes Métropole a fait le choix de définir un cadre stratégique sur ce sujet qui présente de multiples enjeux éthiques, juridiques et économiques. Pour cela, nous venons de lancer une charte métropolitaine de la donnée qui pose des principes éthiques pour protéger les citoyens et encadrer les usages de la donnée sur le territoire.

Ce choix est le fruit d’une histoire et d’une méthode. Le dialogue entre la société civile et la collectivité s’est développé depuis plusieurs années autour du numérique et des enjeux relatifs à la donnée. Il s’est notamment traduit par une participation active d’habitants à des démarches de dialogue citoyen où une diversité de points de vue a été exprimée sur les usages de la donnée et notamment un besoin de pédagogie et de transparence concernant la sécurité et la protection des données personnelles.

Notre objectif est en effet de créer un effet vertueux et entraînant auprès des acteurs du territoire sur l’éthique de la donnée et plus de 50 partenaires publics et privés se sont d’ores et déjà engagés aux côtés de la collectivité sur les valeurs de la charte.

 

Roberto Albuquerque Melo – Dans un rapport, nous avons noté que les 22 « villes les plus intelligentes » établissaient des normes ouvertes et transparentes pour l’utilisation des données, engagées dans la mise en place d’une infrastructure informatique et de technologies de la communication, accessible aux utilisateurs à l’intérieur et à l’extérieur du gouvernement. Les gouvernements ont œuvré pour faire participer activement les habitants aux initiatives de villes intelligentes et ont été particulièrement efficaces.

Nous considérons que cela est pertinent et estimons que le chemin vers une ville ouverte et transparente qui encourage l’innovation et la participation des citoyens commence par les données.

Les données ouvertes constituent le fondement de la création d’une ville intelligente, engagée et humaine. La priorité de ceux qui veulent penser à une ville intelligente devrait toujours être d’encourager l’innovation et de permettre l’accès à des informations sur la ville, le gouvernement étant l’acteur le plus informé sur la ville et assurant ainsi la disponibilité de données de gouvernement ouvert provenant de la ville.

 

#3 Comment utilisez-vous les Open Data à l’échelle de votre ville ? Quels sont les apports dans les services et la relation aux citoyens dans la gestion de la collectivité ?

Francky Trichet – Depuis 2012, Nantes fait partie des collectivités pionnières en France pour l’ouverture des données publiques. Notre portail de données, que nous avons mutualisé avec la Loire-Atlantique et les Pays de la Loire, a un rôle important. Depuis octobre 2018, cet « open data » est d’ailleurs devenu une obligation légale. Notre charte en rappelle les principes et les objectifs.

L’open data a favorisé la création de nouveaux services à l’usager conçus par des tiers comme l’application « Mieux trier à Nantes » (aide au tri des déchets), « Y’A D Frites » (menus des cantines) et « Rengo » (faciliter la multimodalité). Il s’agit également d’un outil de transparence de l’action publique, de contribution au débat public (jeux de données ouverts à l’occasion des Grands Débats citoyens sur la Loire ou la Transition Energétique) et de connaissance du territoire (cartoparties sur le recensement des appuis-vélos, des arbres remarquables…).

 

Roberto Albuquerque Melo – Le portail Open Data de Recife, créé en 2013, cherche à respecter une norme de qualité des données, avec des données pertinentes et actualisées, que nous considérons comme utiles, accessibles et réutilisables par les citoyens. Nous cherchons à rendre les données toujours disponibles avec la plus grande granularité possible, en permettant aux gens de déduire des informations sur ces données. Nous nous soucions du format ouvert non propriétaire et de la disponibilité de cette information pour les utilisateurs.

Au cours des sept dernières années, nous avons développé 7 hackathons organisés par la mairie de Recife. Nous avons organisé et contribué à une douzaine d’autres hackathons, dans lesquels Open Data de Recife a toujours servi de modèle pour l’édition et l’engagement, comme Hack a City. Le portail de données ouvertes de Recife a été élu meilleur portail de données ouvertes au Brésil.

 

#4 Quels sont, selon vous, vos principaux défis et points d’attention pour compléter la transition vers la Smart City ?

Francky Trichet – Nantes a développé une vision et une pratique au quotidien du dialogue citoyen et de la gouvernance ouverte qui enrichissent et font progresser les projets, du plus petit au plus grand, du plus pragmatique au plus stratégique. Nous devons poursuivre dans cette voie en permettant à encore plus d’habitants de participer à la fabrique de la ville.

 

Roberto Albuquerque Melo – Bien, les villes ont une position centrale pour affronter les principaux défis de la société moderne et de son économie : l’emploi, la croissance et l’investissement, l’innovation, l’efficacité énergétique, le développement à faible émission de carbone et la réduction du CO, etc.

Ainsi, le grand défi consiste à intégrer les plusieurs domaines qui peuvent qualifier la ville intelligente : la gestion de l’énergie (électricité, gaz, énergies renouvelables…) ; la gestion de l’eau et des déchets ; la connectivité en tout lieu dans la ville ; l’univers « indoor » c’est-à-dire le smart building (bâtiment très intelligent et beaucoup moins énergivore) ; la mobilité intelligente et douce pour un transport plus vert et plus adapté aux besoins (bornes de recharges électriques pour véhicules ou bus, stationnement intelligent, information aux voyageurs…)… sans oublier la « smart governance » qui intègre le réseau de communication des autorités : l’Etat, la police, les pompiers (sécurisation des appels).

Faire ça nous motive !

 

Photo  © Renan Araujo

Laisser un commentaire